Les Enfants du soleil

de Maxime Gorki

Synopsis

À la fin du dix-neuvième siècle en Russie, une société d'aristocrates éclairés lutte et s'enthousiasme pour de nobles préoccupations précieuses et chères à tous : l'Amour, le Bonheur, la Liberté... et pour une question plus haute encore : Que faire pour que l'homme devienne meilleur ?
Mais cette foi sincère en ce haut et clair soleil de la pensée humaniste qui s'exprime sans peine dans la quiétude des salons, se heurte bientôt à la plus âpre et difficile réalité du monde extérieur.

Les Enfants du soleil de Maxime Gorki pose à travers une fable lucide et poétique, le problème de la violence produite par les inégalités sociales.
Avant d'être un appel au soulèvement populaire ou une injonction faite à l'intelligentsia de l'époque, Les Enfants du soleil est avant tout une réflexion inquiète mais toute pleine d'une chaleur humaniste, sur la complexité de l'homme et sur ses chances d'accéder collectivement au bonheur.

Note de mise scène

D'abord, conjointement aux scènes « théâtrales » proprement dites, c'est-à-dire aux scènes avec du texte et des répliques, nous avons imaginé une pièce « parallèle », muette et irréaliste, qui borde et s'entremêle à la première, et qui se vit comme le rêve éveillé des personnages, leurs inconscients mus dans l'espace, un espace onirique qui raconte, sinon les démons, les obscures et intimes forces qui travaillent les personnages sous leurs envers. Il s'agit de constellations d'images, de brefs ou de plus longs plans-séquences d'objets féeriques, souvent en mouvement, qu'un guitariste jouant en direct sur scène drape de sonorités hypnotiques. Dans ce lumineux et sombre ballet résolument cinématographique, ce sont d'étranges apparitions, de saisissantes postures, qui stimulent et aiguisent l'imaginaire, qui ouvrent nos sens.
Ensuite, nous avons disposé les personnages dans un autre temps, un ailleurs poétique qui n'est ni la lointaine et pittoresque Russie de Gorki, même si elle y ressemble, ni notre modernité, même si on y pense. Plutôt l'étrange carte postale d'un temps oublié et d'un temps futur, d'un temps suspendu.

Qui sont ces gens ? Ce sont peut-être les énigmatiques silhouettes du cinéma américain des douces années cinquante, peut-être des âmes russes qu'un vif désir d'étreindre l'absolu irise de couleurs volontaires, ou peut-être encore des êtres irréparablement déçus, des ombres lucides et découragées qui useront jusqu'à leur dernière force le parquais d'une datcha à l'abandon ou d'un misérable motel.
Ce sont en tous cas les vaillants héros d'une fresque vivante et solaire que de plus hautes vérités lestent parfois de cieux noirs ou que pincent par instant les givres d'une magie plus grise.

Prise dans un va-et-vient permanent entre rêve et réalité dont la mise en scène ne cesse d'exploiter les vertus symboliques, la pièce de Gorki ainsi présentée ne se complique pas, mais exacerbe en elle ce qui en fait l'ultime richesse : son ambiguïté.

« Le monde des Enfants du soleil est un monde brutalement proche de celui dans lequel nous vivons aujourd'hui. C'est un monde compliqué parce que nous y vivons à plusieurs : chacun y défend invariablement son légitime mais toujours trop étroit point de vue. C'est un monde où donc en définitive personne n'a ni tout à fait tort ni raison, n'est ni totalement bon ou mauvais, et où tout le monde sans doute, s'efforce de faire ce qu'il peut.
C'est aussi un monde qui raconte la cupidité et l'égoïsme suicidaire d'une puissante société qui pourrait être la notre, désormais agonisante et dont une épidémie semble vouloir prophétiser l'apocalypse. Toute l'indifférence dont cette opulente société a fait montre à l'égard de la misère, la misère la lui retourne maintenant en incommensurable violence.
C'est enfin un monde secoué par le modeste combat mené par de petites existences, le noble et émouvant récit lumineusement vivant des luttes intimes que chacun engage courageusement avec la vie pour se rapprocher du soleil, cet astre ambiguë dont le peintre Magritte a hissé une fois dans un tableau, sous un ciel de nuit, la rouge étoile si paradoxalement parfaite. »

Alexandre Morand

L'auteur

Maxime Gorki (1868-1936), poète, romancier et auteur dramatique russe.
À l'âge de huit ans, il doit renoncer à l'école pour gagner sa vie. Au cours de sa jeunesse difficile il exerce de nombreux métiers. Cette période lui suggère le pseudonyme – « gorki » signifie « amer » – et inspire la pièce Les Bas-fonds (1902) et les romans : Ma vie d'enfant (1914), En gagnant mon pain (1915-1916), Mes universités (1923).
Dès 1903 il soutient les bolcheviques tout en étant souvent en désaccord avec Lénine. De 1921 à 1928, il vit en Italie soi-disant pour raisons de santé. Il rentre en URSS en 1928 et est nommé président de l'Union des écrivains soviétiques. Malgré cette consécration, il est constamment déchiré entre sa fidélité au bolchevisme et ses idées sur la liberté indispensable aux artistes.   
Sa ville natale Nijni-Novgorod s'appellera Gorki de 1936, année de sa mort, jusqu'à la fin de l'Union Soviétique en 1991.

« La misère et l'ignorance du peuple sont la source de tous nos malheurs [...] Un homme raisonnable ne peut être heureux tant que notre peuple demeure asservi [...] La vie ne peut être belle tant qu'il y a des foules d'indigents autour de nous. Il n'y a pas d'autres pays au monde où les hommes d'honneur et d'esprit soient aussi isolés [...] Il faut lutter pour le triomphe de la liberté et de la justice. » 

Maxime Gorki

 

Mise en scène Alexandre Morand
Avec Ludivine Bluche, Lise Boucon, Brice Carayol, Laurent Dupuy, Franck Ferrara, Christelle Glize, Céline Massol, Patrick Mollo, Nicolas Oton, Patrick Oton, Mathieu Zabé
Musique Christophe Devaux
Lumières Karim Bekkar
Administration Clarisse Pineau

Créé en novembre 2003 pour l'ouverture du Théâtre des Arceaux à Montpellier.
Co-réalisation La Cigalière (Sérignan).

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