Le Roi nu

de Evgueni Schwartz

Synopsis

L'histoire est toute simple. Un jeune porcher tombe amoureux d'une princesse. Les deux jeunes tourtereaux se déclarent leur flamme mais le père de la jeune fille veut un mariage digne de son rang.
Il veut marier la princesse au roi voisin un peu vieux, un peu gros et pas beau. Le jeune porcher accompagné de son compagnon va monter un stratagème extraordinaire pour déjouer le royal mariage.

Le Roi nu est une pièce magnifique aux mille tiroirs, aux mille surprises que l'on peut lire et relire avec le même plaisir.
Schwartz y épingle l'autorité, le culte de la personnalité, l'orgueil et l'incommensurable bêtise attachée semble-t-il au pouvoir même. Tournant en ridicule les absurdités de ce pouvoir, de ceux qui le possède ou le convoitent, Schwartz signe également la revanche des sentiments et des âmes simples.

Note de mise scène

J'ai choisi Le Roi nu comme une gourmandise. J'ai toujours eu envie de goûter tous les plats qu'il y avait sur les tables et aujourd'hui grâce à cet auteur qui est l'un des plus grands dramaturges soviétiques, nous nous régalons de son théâtre dit « de farce ».
Schwartz notait « les possibilités infinies que le conte offre à l'écrivain désireux de parler de son temps » et précisait que « si l'on voulait comparer le conte à quelque chose, il faudrait le comparer à une expérimentation scientifique de physique ou de chimie. L'expérimentateur qui désire prouver telle ou telle hypothèse isole son objet et le place dans des conditions artificielles spécialement conçues pour l'expérimentation. Ces conditions confirment alors de la façon la plus évidente le caractère inéluctable de la loi générale. Le monde du conte, le monde fantastique constitue ce milieu créé artificiellement ».
Cette expérimentation nous montre l'homme aux prises avec le pouvoir, avec la société, avec lui-même. L'interaction du fantastique et du réel créé des situations absolument invraisemblables, tantôt burlesques, tantôt graves. Mais à partir de ces situations les comportements non moins étranges des personnages apparaissent comme typiques de l'homme en tant qu'individu social : la relation quasi magique que ceux-ci entretiennent avec le réel fantastique permet de faire éclater leur cohérence intérieure, de briser leur logique.
Le fantastique, le paradoxal, le contradictoire, cessent d'être inquiétants ou surprenants pour agir comme révélateur de la nature idéologique des comportements. Cette fonction du fantastique qui permet la manifestation tangible, évidente et vivante du paradoxal et du contradictoire au sein du réel, est une source de plaisir proprement théâtral qui se réalise pleinement dans le dialogue.

Le langage est donc au centre de la pièce. C'est lui qui focalise l'intention. La parole précède la pensée et entraîne des situations invraisemblables. Il faut que les acteurs prennent le texte comme une véritable partition de musique. Trop c'est trop, pas assez n'est pas assez. La vitesse du texte, son impact, son déclenchement, les réactions ou non qu'il suscite, tout cela est à la seconde près.
Il n'y a pas de psychologie. Juste une envie de renouer avec la virtuosité du jeu, le théâtre pur. Sur le plateau on ne peut hésiter, on ne peut jouer deux choses à la fois, ce théâtre n'est pas un théâtre de l'improvisation pourtant il faut que le spectateur ressente une « impression d'improvisation ».
Reste donc l'inventivité, la tenue des corps, différents regards, c'est à dire la technique, la technique et encore la technique.
Il y a en effet chez Evgueni Schwarz une véritable mécanique du rire et de l'action.

Nicolas Oton

L'auteur

Né en 1897 dans une famille d'intellectuels juifs, Evgueni Schwartz ne connut en Union Soviétique la célébrité que deux ans avant sa mort (1958). Il avait fait ses débuts dans le journalisme au lendemain de la guerre civile, mais vite attiré par des formes d'expression moins éphémères, il écrivit des contes que Maxime Gorki remarqua. Cette faveur lui valut de pouvoir collaborer à nombre de revues littéraires et d'apprendre le difficile métier de conteur qu'il mena parallèlement à celui d'auteur dramatique durant près d'un quart de siècle.

Evgueni Schwartz constitue dans l'histoire littéraire russe et soviétique un phénomène à part.
Il est l'introducteur d'un genre qui n'a pas de racine profonde avec le monde slave : la fable fantastique dont il emprunta l'esprit et la structure aux conteurs scandinaves et germaniques. Dans Le Roi nu, l'humour et la gravité, l'invention et la tension, la tragédie et la farce se mêlent.
Une voix étrange s'élève et s'amplifie pour ne jamais plus vous quitter : la voix d'un poète du rire et des larmes.
Les pièces de Evgueni Schwartz remettent toujours en question les sociétés autocratiques. Cependant le plus remarquable dans son œuvre n'est peut être pas dans ce qui nous apparaît aujourd'hui comme la critique d'une époque.
Ce qui fait la richesse du théâtre de Schwartz, et tout particulièrement dans la pièce du Roi nu, c'est qu'au-delà de la dénonciation franche du stalinisme, ce théâtre reste le lieu de l'ambiguïté. C'est cette ambiguïté, cette polyvalence de Schwartz qui lui vaut aujourd'hui de survivre à son époque. On pourrait aujourd'hui encore énumérer les états modernes où Le Roi nu ne serait pas qu'un personnage féerique mais bien une réalité incarnée.

 

Mise en scène Nicolas Oton, assisté de Christelle Glize
Traduction Simone Sentz-Michel, collection des Quatre vents
Avec Ludivine Bluche, Brice Carayol, Laurent Dupuy, Franck Ferrara, Patrick Mollo, Nicolas Oton, Patrick Oton, Thomas Trigeaud
Création lumière Adrien Cordier, assisté de Franck Ferrara
Régisseur son Félix Badrot-Nico
Costumes Christelle Glize
Administration Clarisse Pineau / Laetitia Hebting
Diffusion Élodie Couraud
Crédit photos David Crespin

Créé en mars 2005 en coproduction avec le Crous de Montpellier.

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