La sortie de l'artiste de la faim

de Tadeusz Rózewicz

Synopsis

Un homme se présente sur la scène, c’est Tadeusz Rózewicz, il nous parle de la difficulté à ré-écrire la nouvelle de Kafka Un artiste de la faim et des problématiques de son « héros » ; à côté, sur une table sont installés l’artiste et une journaliste. L’artiste nous parle de son art, de son rapport aux autres artistes de la faim qu’il trouve inauthentiques car plus mondains. De cette forme de conférence, le rideau s’ouvre et l’on découvre un parc où l’on a coupé un arbre pour y installer la cage de l’artiste de la faim. Devant la cage, trois garçons bouchers surveillent nuit et jour que l’artiste ne mange pas. Des coureurs viennent faire leur jogging, des mères promènent leurs triplés ou quintuplés, l’orchestre de la ville répète, l’impresario, un homme monstrueusement gros engueule sa femme car le nombre de spectateurs de l’artiste de la faim diminue, ils n’ont plus d’argent, l’artiste de la faim est démodé.

Note de mise scène

Je lis Tadeusz Rózewicz depuis deux ans et depuis deux ans je m'étonne. Je dévore la poésie de Rózewicz sans comprendre pourquoi cet homme est si peu connu en France. Son œuvre immense est traduite dans plus de quarante langues, et même le prix européen de littérature qu'il a reçu en 2008 ne l'a pas fait ici connaître du grand public. Sa poésie pourtant est une « aide aux vivants et aux morts ». Il est unanimement considéré en Pologne comme le plus important de sa génération. Génération d'après guerre.

Un artiste de la faim. Rózewicz lit cette nouvelle de Kafka en 1956. Elle va le hanter pendant près de vingt ans. Vision cauchemardesque et inquiète de l'absurde, désuète et néanmoins implacable ascèse exhibée d'un homme qui n'a pour révolte que sa faim et la donne en pâture. Vision prophétique de la société du spectacle, carnassière, effroyablement cynique ; laquelle met en scène et dévore dans une désolante confusion jusqu'au plus intime et ne se repaît de rien. Vision de nos régimes démocratiques conservateurs du monde marchand qui enferme les individus dans des boîtes. De conserve.  
Il en écrit l'adaptation en 1974 : La sortie de l'artiste de la faim. En d'autres termes, la fin de l'artiste de la faim.
Cette pièce parle de la place de l’artiste dans la société, du sacrifice, du cannibalisme, de l’obscénité, du rôle de la femme dans une société d’hommes, du narcissisme moderne dans une société de consommation, de la perte de repères et de valeurs et de la volonté d’en re-créer mais sans tapage, sans revendication, sans message, en demandant pardon.

Je rêve d’un théâtre d’acteurs où le décor, l’univers, serait le personnage principal. Un théâtre où toutes les bassesses humaines seraient au service de la poésie. Un théâtre pauvre, un théâtre forain contemporain inscrit dans le réel, où les objets, la musique, les costumes et la lumières ne « sentent » pas le théâtre mais nous racontent le poème d’un artiste qui se croit unique et qui est prêt à mourir de faim pour exercer son art.

Nicolas Oton

L'auteur

Tadeusz Rózewicz (né le 9 octobre 1921 à Radomsko) est un poète et dramaturge polonais. Il a reçu en 2008 à Strasbourg le Prix européen de littérature pour l'ensemble de son œuvre.
Membre de la résistance polonaise (comme son frère, Janusz, qui sera exécuté par la Gestapo, en 1944) et collaborateur de la presse clandestine, Rózewicz publie son premier recueil, Inquiétude, en 1941, livre où se trouve déjà condensé tout ce que la suite de l'œuvre ne cessera de développer : le sentiment de l'absurde, la solitude, le désespoir, la mort, la dégradation. Face au désastre – « Comment écrire de la poésie après Auschwitz ? » –, il s'agit pour lui de réévaluer les mots, de tenter de retrouver une place en ce monde, de « reconstruire l'homme », d'en revenir aux valeurs humaines élémentaires.
Regio (1969), suivi d'un choix de poèmes (1957-2004), relève toujours de ce même désir et de cette même inspiration. Des poèmes qu'on dirait sculptés dans la chair du silence ou taillés dans le tissu tristement nu d'une existence que l'expérience de la guerre et de l'Histoire a comme entièrement démeublée. Sans métaphore, sans ponctuation, sans majuscule, en totale rupture avec le vers classique – une façon de protester contre le fait que l'homme est tout autant capable d'inventer le sonnet, que d'ériger des cathédrales et de construire des fours crématoires ? –, son poème a la simplicité émouvante d'une âme exposée à tous les vides.

Rózewicz est considéré comme l'un des meilleurs poètes d'après-guerre en Pologne, et l'un des dramaturges les plus innovants.
La plus grande pièce de Tadeusz Rózewicz – Kartoteka (Le Fichier) – a révolutionné le théâtre polonais et a largement influencé le théâtre mondial. Elle a contribué à inspirer notamment l'esthétique de Jerzy Grotowski et de Tadeusz Kantor. Les meilleurs metteurs en scène ont monté ses œuvres, notamment Konrad Świnarski et Krzysztof Kieślowski.

 

Texte Tadeusz Rózewicz
Traduction Jacques Donguy et Michel Maslowski
Mise en scène Nicolas Oton
Avec Cyril Amiot, Ludivine Bluche, Brice Carayol, Laurent Dupuy, Franck Ferrara, Christelle Glize, Patrick Mollo, Thomas Trigeaud, Mathieu Zabé
Création lumières Maurice Fouilhé
Création et régie son Alexandre Flory
Scénographie Pierre Heydorff
Costumes Céline Arrufat
Régie générale et plateau Guillaume Allory
Administration Laetitia Hebting
Diffusion Laurie Martin

Création en novembre 2014 au Cratère, Scène nationale d'Alès.
Production : Machine Théâtre.
Coproduction : Le Cratère, Scène nationale d'Alès.
Résidence : Domaine d'O.
Avec le soutien de l'Adami.

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